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Université Saint-Joseph - Faculté des sciences religieuses 

 
 
 
> 4e mois de l'Orient chrétien

Conférences:
1ère conférence du 4e Mois de l'Orient chrétien
5 mai 2004


Place, rôle et avenir
des chrétiens d’Orient aujourd’hui


Ghassan TUÉNI

Photos et Texte

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TEXTE:

"Place, rôle et avenir des chrétiens d’Orient aujourd’hui"
Ghassan TUÉNI

Source: - Samedi 08 Mai, 2004



Introduction

A. Jérusalem et la question d’Orient
B. Remise en cause de l’Évangile
C. Le « péché originel »
D. Le sous-développement des chrétiens du Liban
E. Avions-nous d’autres choix ?
F. La diversification des choix
G. Un parti du Pacte national
H. Quelques conclusions
       1. Au cœur du drame chrétien
       2. Le moment de crier « Assez ! » est venu
       3. Un pays pour soi-même
       4. Réinventer le Liban
       5. Le développement durable
       6. Pas d’alternative au dialogue


Cette première conférence du 4e MOC, de M. Ghassan TUENI, a attiré une assistance de plus de 130 personnes. En partant de Jérusalem et de la question d’Orient, M. Tuéni a tiré des conclusions fort intéressantes pour l’avenir et le rôle des chrétiens du Moyen-Orient en général et du Liban en particulier.

L
’ancien ambassadeur Ghassan Tuéni a donné mercredi soir à la Bibliothèque orientale une conférence ayant pour thème : « Place, rôle et avenir des chrétiens d’Orient aujourd’hui. » La conférence était organisée par le Centre de documentation et de recherches arabes chrétiennes (Cedrac) de l’Université Saint-Joseph, dans le cadre d’une série de causeries qui se tiendront tous les mercredis du mois de mai, sur le thème général : « Chrétiens dans le monde arabe aujourd’hui. » Nous reproduisons ci-dessous de larges extraits du texte de la conférence de M. Tuéni:


Introduction

       « Les chrétiens d’Orient, place rôle et avenir. Ce sujet qui m’est proposé ce soir suppose une connaissance approfondie de la question, que je n’ai pas (...)

       « Voici pourquoi je m’abstiendrai de vous présenter une étude savante de la question. Juste un bouquet d’idées générales, les conclusions d’une longue et dramatique expérience, où je fus plus fréquemment témoin qu’acteur (...). »

A. Jérusalem et la question d’Orient

       Ces réserves, une fois faites, entamons notre débat. « Au commencement était le Verbe. » Telle est notre foi. Mais telle n’est pas la vérité existentielle, historique, qui doit nous guider dans ce contexte. Existentiellement et historiquement, pour nous chrétiens d’Orient : au commencement était Jérusalem.

       C’est par cet énoncé que tout s’explique. Et c’est à travers cette vérité première que la question des chrétiens d’Orient se pose, et c’est par ce credo qu’elle trouvera sa solution.

       « Mon regard se tourne vers l’Orientale Lumen », disait le pape Jean-Paul II en 1995, dans sa lettre apostolique. Et je cite : « Mon regard se tourne vers l’Orientale Lumen, qui resplendit de Jérusalem, la ville dans laquelle le Verbe de Dieu, fait homme pour notre salut... mourut et ressuscita. »
Or, c’est à Jérusalem, plus que partout ailleurs, que l’existence même des chrétiens d’Orient devient la plus précaire.

       Au Liban, nous sommes obsédés par une émigration qui nous menace. Mais, nous sommes-nous demandé pourquoi l’émigration de nos frères de Jérusalem est la plus nombreuse, la plus dramatique ?

       Nous sommes-nous demandé, avec intelligence et sans passion, quelle est notre part de responsabilité chrétienne face au risque de voir disparaître l’Église de Jérusalem, corps du Christ dans la Civitas Dei ? Si cette Église devait devenir un simple souvenir, une cité de pierres et non d’hommes que nous reviendrons visiter en pèlerins, même pas, au mieux en touristes, notre appartenance à l’Orientale Lumen demeurera-t-elle la même ?

B. Remise en cause de l’Évangile

       Sous le couvert d’une lutte contre l’antisémitisme renaissant, non satisfaits d’avoir présenté au monde la lutte pour Jérusalem comme un conflit entre juifs et musulmans, les sionistes et leurs alliés d’Amérique – néoconservateurs, chrétiens-sionistes et autres variétés de sous-protestants – remettent en question, chaque jour davantage et par tous les moyens, les Évangiles et jusqu’à la naissance de Jésus à Bethléem. Le moment est venu d’admettre que le plus grand péril qui nous menace n’est pas le spectre fantomatique d’un islam terroriste qu’Israël agite sans cesse, mais bien la stratégie historique du sionisme qui ne cache plus sa détermination à détruire le Saint-Sépulcre et la Mosquée du Dôme afin de « reconstruire le Temple » qui augurera de la venue du « Messie ».

       Nous nous devons de reconnaître et d’avouer qu’Israël dès avant sa constitution en État avait déjà tenté de tromper les chrétiens du Liban et à travers eux tous les chrétiens du Moyen-Orient en leur faisant miroiter le mirage d’un État chrétien qui serait son allié et semblable. D’où le péché originel commis par les seigneurs de la guerre : d’accepter, sinon de rechercher l’aide israélienne; d’avoir fait subir aux miliciens, fanatisés par la peur, un entraînement militaire en territoire ennemi et sous la guidance de ses services secrets qui, par la suite, ne se sont pas privés de dire, devant leurs propres instances judiciaires, tout le mépris qu’ils avaient pour ces mêmes milices.

C. Le « péché originel »

       Je dis bien péché originel, et je m’explique. N’est-ce pas insensé de croire que la soi-disant alliance avec Israël, et la guerre contre les Palestiniens qui s’ensuivit, pouvait laisser intacte la crédibilité nationale de toute la communauté chrétienne auprès des ses compatriotes musulmans ?

       Instinctivement, les musulmans se retournaient contre nous chaque fois que leur guerre avec Israël s’avérait impossible ou simplement difficile.
Les chrétiens devenaient les ennemis de rechange des Palestiniens et des musulmans, ainsi que tout à la fois de tous les États arabes, puisqu’au lieu de mener, comme le leur recommandaient leurs chefs authentiques, une guerre contre Israël qui aurait soudé l’unité libanaise, c’est dans une guerre civile que les chrétiens se laissèrent enliser.

       Cette guerre était d’autant plus folle qu’elle incitait les chrétiens à rechercher des victoires impossibles, nonobstant les alliances illicites chèrement payées : non seulement l’alliance avec Israël, mais aussi l’aide de la Syrie, réclamée et obtenue dès Tell-Zaatar.

       D’où le jeu américain : laisser se faire une alliance objective entre Israël et la Syrie, dénommée par Israël « Open-Game Strategy », en vertu de laquelle Israël puis la Syrie, tout en ajustant, sans se consulter directement, leurs stratégies réciproques, donnaient aux combattants chrétiens assez d’armes pour continuer à se battre, mais jamais ce qu’il fallait pour gagner. Inutile de dire que l’accord conclu entre Assad et Rabin, par Américains interposés, et désigné plus tard comme « l’accord des lignes rouges », a permis à nos deux voisins ennemis de se concéder l’un à l’autre des zones d’occupation au Liban, au détriment bien entendu, de tous les Libanais, de leur liberté, de leur souveraineté, de l’intégrité de notre patrie et de son indépendance.

D. Le sous-développement des chrétiens du Liban

       Preuve patente, s’il en fut, d’un sous-développement politique des chrétiens libanais qui frisait la trahison.

       (...) Notre sous-développement politique – soit dit à la décharge des seigneurs de la guerre – est aisément expliqué, mais non excusé, par un lourd héritage qui remonte à l’ère ottomane. Le statut de Dhimmi nous accoutumait à être tributaires de la tolérance, voire de la protection de la Sublime Porte. À la chute de l’Empire ottoman, nous nous sommes orientés, j’ose dire d’instinct, ou par habitude, comme des enfants abandonnés – donc contre ce que nous dictait la raison – vers la recherche d’une protection de rechange, également sublime. Ce fut la France. Qui dura ce que durent les hégémonies coloniales : l’espace d’une puissance, et de ses intérêts.

E. Avions-nous d’autres choix ?

       Une analyse de l’anatomie des politiques chrétiennes au Moyen-Orient, après la Première Guerre mondiale, puis au moment de la Paix de Versailles, enfin dans la période qui suivit, révèle que les chrétiens, comme communautés minoritaires distinctes, firent des choix divers et différents qu’il convient de rappeler :

       Primo, ce fut le choix nationaliste de la Renaissance. À savoir un rôle de leadership qui nous menait vers une unité dite nationale, tantôt arabe, tantôt syrienne, et enfin simplement libanaise avec l’islam, jusqu’à la déclaration du royaume de Syrie de Fayçal Ier. Un royaume qui n’était pas sans séduire d’éminentes personnalités chrétiennes de Syrie et du Liban.

F. La diversification des choix

       Secundo, c’est avec la chute de Fayçal à Damas que les choix se diversifièrent, suivant les options des églises minoritaires et de leurs élites, nous offrant ainsi autant d’exemples qui méritent d’être étudiés avec plus de soins :

       Les chaldéens ont opté, après les mandats de la Société des nations en 1920, pour un loyalisme vis-à-vis de la patrie irakienne et une intégration nationale. Ils furent ainsi protégés contre les persécutions religieuses qui suivirent la chute de l’Empire ottoman.

       Les syriaques ont pratiqué ce même réalisme, allant jusqu’à prôner la défense d’une arabité qu’ils partageaient cependant avec peine. Épargnés aussi. Et survivance pacifique quoique à titre de minoritaires.

       Les assyriens, par contre, ont réclamé un « droit d’autodétermination », encouragés par leurs protecteurs anglais. Une protection qui s’avéra précaire puisqu’elle ne put empêcher le génocide de 1933, « pour cause de trahison ».

       Les grecs-orthodoxes, connus aussi par la dénomination de Melkites (présentement utilisée par les grecs-catholiques) par référence au roi, le Melek, le Basilevs de Byzance dont ils constituaient l’Église. Héritiers par la volonté des sultans de privilèges distinctifs, ils étaient peu préoccupés par le statut de minoritaires et n’en avaient pas les réflexes. Au contraire, leur culture se distinguait par son ouverture, son extraversion, qui la poussait constamment à retrouver son identité aux limes de son Église, au-delà du Liban et même de la Syrie. Cette culture était un terreau fécond de doctrines laïques, transconfessionnelles et souvent transnationales. À signaler que le non-aboutissement de ces doctrines – les « Républiques baassistes » exceptées – fit que les grecs-orthodoxes et les grecs-catholiques étaient plus enclins à se désintéresser des régimes politiques – où d’ailleurs leurs rôles étaient miniaturisés – pour s’orienter vers les domaines de la création intellectuelle, littéraire et artistique, ou simplement vers ce que l’on dénomme aujourd’hui la société civile. Sans parler, pour les grecs-catholiques surtout, de succès économiques. Citons cependant que c’est de ces communautés que sont issus de grands chefs, comme il se doit, révoltés et révolutionnaires.

       Tout autre fut la sagesse des maronites qui, conduits par le patriarche Hoyek, réclamèrent dès 1919 un Liban indépendant et plurireligieux. Cette défense de l’indépendance d’un Grand Liban puis d’une République indépendante, mais à terme sous mandat français, n’était pas sans créer des écueils. L’indépendance, qui généra une identification entre la cause libanaise et le sort des maronites, permit à plus d’un patriarche, et à plus d’un leader politique de rallier les musulmans récalcitrants à la cause libanaise sous leadership maronite, par une défense chrétienne quelquefois populiste des droits sociaux, souvent même économiques de la communauté nationale libanaise et quelquefois syro-libanaise.

       Puis enfin par l’élaboration du Pacte national béni par Bkerké dès 1938, pacte qui devint en 1943 le principe constitutif du Liban de l’Indépendance.

G. Un parti du Pacte national

       Il convient de rappeler ici la fondation, en 1938, lors d’une réunion mixte islamo-chétienne chez Youssef el-Saouda à Bickfaya, d’un « Parti du Pacte national » préalablement agréé par le patriarche Arida. Ce parti ne put fonctionner longtemps car la Seconde Guerre mondiale devait être déclarée un an après. Parmi les signataires du manifeste de ce parti, un texte précurseur de la déclaration ministérielle du gouvernement de l’Indépendance présidé par Riad el-Solh, se trouvaient déjà des partisans de Riad autant que des membres du Bloc constitutionnel conduit par Béchara el-Khoury, proche du patriarche.

       Mais plus encore, il convient de souligner que le manifeste n’était pas une création littéraire ex nihilo. Il codifiait, osons le proclamer enfin, une longue tradition chrétienne, druze puis musulmane de défense de l’indépendance libanaise contre l’Empire ottoman autant que les puissances mandataires. Cette défense devint un apostolat pour les libertés publiques et l’intégrité constitutionnelle. C’est là le secret du phénomène libanais dans son expression la plus authentique, celle que prônaient des penseurs, des hommes de lettres et des journalistes qui n’hésitaient devant aucun sacrifice – jusqu’au martyre en 1916 –, malgré leurs faibles moyens et leurs non moins fragiles médias. C’était déjà, au Liban dont nous avons hérité, le premier foyer de la Renaissance arabe.

H. Quelques conclusions

       Le moment est venu de tirer quelques conclusions, qui éclaireront notre discussion du sujet qui nous est proposé : « Place, rôle et avenir des chrétiens d’Orient. »

       J’ai bien dit que nous étions marqués par notre lourde hérédité de Dhimmis, un handicap majeur. Un handicap non moins lourd était notre prétendue dépendance de la solidarité transnationale du monde chrétien, un vieux mythe hérité depuis les Croisés et rajeuni par les accords internationaux de 1878. Je dis bien handicap car preuve a été faite que la solidarité des chrétiens de l’étranger est tributaire des intérêts nationaux, surtout économiques des grandes comme des moins grandes puissances. Une conclusion qui rejoint d’ailleurs les interprétations déromantisées de l’aventure croisée depuis Pierre l’Hermite. On n’a pas besoin d’être marxiste pour oser insister sur les facteurs économiques qui ont poussé les seigneurs chrétiens de l’Europe du Moyen Âge à entreprendre des expéditions – ô combien périlleuses ! – qui débutèrent cependant par le sac de Constantinople et la conquête d’Antioche. On n’avait pas encore découvert le pétrole, qui eut scellé davantage certaines alliances franques avec des princes arabes, les ancêtres – qui sait ? – des Saoud et autres émirs du Golfe et d’Irak.

1. Au cœur du drame chrétien

       Je constate que je me suis laissé entraîner vers le cœur du drame chrétien, dans ses développements actuels, sans vous avoir même proposé un schéma conceptuel minimal qui aiderait à examiner les options d’avenir et les actions ponctuelles qu’il conviendrait d’entreprendre.
Mais tout d’abord, permettez-moi cette remarque relative à la méthodologie de notre examen de la question des chrétiens arabes. Je vais me restreindre à parler des chrétiens du Liban, car notre pays, vous en conviendrez, a été et demeure, dès le XIXe siècle, l’image-miroir de la crise régionale : que l’on s’est accordé d’appeler la question d’Orient, puis du Moyen-Orient, ou de l’Orient arabe, et dont Jérusalem et les guerres de Palestine devinrent l’axe central dès le début du XXe siècle.

       Et pour cause : le Liban n’a-t-il pas été le théâtre de toutes les guerres du Moyen-Orient, et surtout de la dernière confrontation de la guerre froide, entre Américains et Soviétiques, avant la chute du mur de Berlin ?
De plus, ce Liban n’a-t-il pas été, pour ainsi dire, le déversoir des conflits inter-arabes, le champ d’où s’affrontaient les pays frères, pour éviter de s’affronter chez eux ?

       N’a-t-il pas été enfin le terrain où toutes les révolutions, tour à tour, prenaient leur envol, jusqu’à revenir s’y réfugier avant de s’éteindre ?
Pays refuge, havre des libertés, etc. Ce qui était un jour un accident de l’histoire, ou plus exactement la résultante d’une rencontre d’accidents régionaux, devenait aux yeux de certains d’entre nous un privilège mais bien coûteux. Pour les autres, un « avantage d’occasion ».

2. Le moment de crier « Assez ! » est venu

       Nous payâmes le tribut de notre culture, de notre unicité. Le moment est cependant venu – ou viendra-t-il bientôt ? – de crier « Assez, assez ». Fini les guerres des autres qui prétendent démontrer, tel ce chef d’État d’éducation primaire, que nous ne sommes pas aptes – pas encore dit-il ! – à nous gouverner nous-mêmes, à préserver nos institutions d’État et à établir la paix entre nous tant est lourd, dit-il encore, l’héritage de notre « guerre civile » !

       J’oubliais. À notre décharge, d’autres – d’autres autres, devrais-je dire – considèrent que le Liban fut, et demeure un laboratoire de coexistence entre les religions et de dialogue entre les cultures. Merci de nous considérer ainsi comme un objet, plutôt que nous reconnaître un rôle de sujet actif, comme partenaires dans le dialogue.

       Pays naturellement pluriel, tel – nous ne le nions pas – était notre destin. Et c’est bien là que se situent les garanties de nos libertés. Ces mêmes libertés auxquelles nos frères arabes aspirent ou prétendent aspirer, et qui nous sont naturelles, fermement implantées dans notre patrimoine. Donc ici solides comme nos cèdres et nos chênes qui résistent aux tempêtes ; là-bas des semblants de printemps, précaires, et souvent trop frigides pour résister aux vents des haines, des caprices politiques, et bien entendu aux saccages des coups d’État, ou simplement des coups d’état-major.

3. Un pays pour soi-même
      
       Mais trêve de rhétorique. La structure plurielle de notre société ne devrait pas permettre une installation des conflits qui nous dépassent au sein même de notre composition organique, pour la faire éclater. Pays d’accueil, oui. Mais pays de et pour soi-même d’abord. Et non pour « les autres ».

       Dernière référence d’actualité, et nous plongeons ensuite au cœur de notre sujet et de nos préoccupations : le congrès dit de la « Modernisation de la pensée arabe » s’est tenu à Beyrouth, il y a à peine une semaine. Il ne pouvait, de l’aveu des participants les plus importants, se tenir nulle part ailleurs dans le monde arabe. Premier point.

       Deuxième point : c’est en français que le plus éminent des conférenciers lançait son appel le plus fervent, citant cette phrase de Michelet qu’il nous convient parfaitement d’emprunter et d’adresser aux Libanais :
« La France a fait la France,
par un lent travail de soi sur soi. »

       Quand donc le Liban va-t-il sérieusement se mettre à faire le Liban, « par un lent travail de soi sur soi » ? Voilà, je crois, un excellent point de départ pour l’analyse conceptuelle que je propose (...)

4. Réinventer le Liban

       (...) Je termine donc en énonçant – juste des énoncés que nous discuterons, si le temps le permet – quelques conclusions et recommandations organisées suivant le schéma conceptuel que je vous avais proposé plus haut :
Le liban il faut le réinventer, c’est-à-dire cesser la guerre des arrière-pensées ; guérir de l’arithmétique constitutionnelle.

       Les chrétiens doivent renoncer à se complaire dans le rôle de victimes pleureuses et plonger dans la joie de la création. Leur religion les y appelle.
Le Liban doit demeurer plurireligieux, mais en renégociant chaque jour son « contrat social ». Un pacte de 43 rénové.

       Supprimer le confessionnalisme comme fanatisme, un fanatisme désolidarisant. Mais enrichir la culture et la vie des communautés par une plus profonde connaissance de la religion de l’autre.

5. Le développement durable

       Le développement dit « développement humain durable» est le chemin du salut, et la méthode d’une multiplication des richesses. L’éducation nationale, la culture, plus que l’économie, en sont le moteur. D’où le devoir des chrétiens de participer davantage, et non pas de démissionner. Ce sont les courageux, et non les lâches, qui hériteront d’un Liban réinventé (...)

6. Pas d’alternative au dialogue

       Il n’y a pas d’alternative au dialogue. La confrontation équivaut à un suicide du Liban tout entier, qui, en éclatant, s’effacera de la géographie du Moyen-Orient et en éliminera toute présence chrétienne. Le destin des villes mortes de Syrie ne nous séduit guère, malgré la beauté des ruines.
Les chrétiens arabes doivent enseigner l’islam à l’Occident, et non le contraire. Le cautionner par la paix et la concorde.

        Le Liban n’est indispensable que s’il se rend tel.

       Efforts diplomatiques multipliés. Avocat de la Palestine. Ennemi principal d’Israël. Le Liban n’est pas un impératif géographique, ni géostratégique. Le Liban peut même devenir un obstacle à l’avance vers les grands ensembles. Seul le rôle du Liban, comme terre de liberté et de dialogue, comme levain et même laboratoire, comme « pays-message » lui donne de nouvelles raisons d’être dans le monde d’aujourd’hui.


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