Cette
première conférence du 4e MOC, de M. Ghassan TUENI,
a attiré une assistance de plus de 130 personnes. En partant
de Jérusalem et de la question d’Orient, M. Tuéni
a tiré des conclusions fort intéressantes pour l’avenir
et le rôle des chrétiens du Moyen-Orient en général
et du Liban en particulier.
L’ancien ambassadeur Ghassan Tuéni a donné
mercredi soir à la Bibliothèque orientale une conférence
ayant pour thème : « Place, rôle et avenir des
chrétiens d’Orient aujourd’hui. » La conférence
était organisée par le Centre de documentation et de
recherches arabes chrétiennes (Cedrac) de l’Université
Saint-Joseph, dans le cadre d’une série de causeries
qui se tiendront tous les mercredis du mois de mai, sur le thème
général : « Chrétiens dans le monde arabe
aujourd’hui. » Nous reproduisons ci-dessous de larges
extraits du texte de la conférence de M. Tuéni:
Introduction
«
Les chrétiens
d’Orient, place rôle et avenir. Ce sujet qui m’est
proposé ce soir suppose une connaissance approfondie de la
question, que je n’ai pas (...)
« Voici pourquoi je m’abstiendrai
de vous présenter une étude savante de la question.
Juste un bouquet d’idées générales, les
conclusions d’une longue et dramatique expérience, où
je fus plus fréquemment témoin qu’acteur (...).
»
A. Jérusalem et la question d’Orient
Ces réserves, une
fois faites, entamons notre débat. « Au commencement
était le Verbe. » Telle est notre foi. Mais telle n’est
pas la vérité existentielle, historique, qui doit nous
guider dans ce contexte. Existentiellement et historiquement, pour
nous chrétiens d’Orient : au commencement était
Jérusalem.
C’est par cet énoncé
que tout s’explique. Et c’est à travers cette vérité
première que la question des chrétiens d’Orient
se pose, et c’est par ce credo qu’elle trouvera sa solution.
« Mon regard se tourne
vers l’Orientale Lumen », disait le pape Jean-Paul II
en 1995, dans sa lettre apostolique. Et je cite : « Mon regard
se tourne vers l’Orientale Lumen, qui resplendit de Jérusalem,
la ville dans laquelle le Verbe de Dieu, fait homme pour notre salut...
mourut et ressuscita. »
Or, c’est à Jérusalem, plus que partout ailleurs,
que l’existence même des chrétiens d’Orient
devient la plus précaire.
Au Liban, nous sommes obsédés
par une émigration qui nous menace. Mais, nous sommes-nous
demandé pourquoi l’émigration de nos frères
de Jérusalem est la plus nombreuse, la plus dramatique ?
Nous sommes-nous demandé,
avec intelligence et sans passion, quelle est notre part de responsabilité
chrétienne face au risque de voir disparaître l’Église
de Jérusalem, corps du Christ dans la Civitas Dei ? Si cette
Église devait devenir un simple souvenir, une cité de
pierres et non d’hommes que nous reviendrons visiter en pèlerins,
même pas, au mieux en touristes, notre appartenance à
l’Orientale Lumen demeurera-t-elle la même ?
B. Remise en cause de l’Évangile
Sous le couvert d’une lutte
contre l’antisémitisme renaissant, non satisfaits d’avoir
présenté au monde la lutte pour Jérusalem comme
un conflit entre juifs et musulmans, les sionistes et leurs alliés
d’Amérique – néoconservateurs, chrétiens-sionistes
et autres variétés de sous-protestants – remettent
en question, chaque jour davantage et par tous les moyens, les Évangiles
et jusqu’à la naissance de Jésus à Bethléem.
Le moment est venu d’admettre que le plus grand péril
qui nous menace n’est pas le spectre fantomatique d’un
islam terroriste qu’Israël agite sans cesse, mais bien
la stratégie historique du sionisme qui ne cache plus sa détermination
à détruire le Saint-Sépulcre et la Mosquée
du Dôme afin de « reconstruire le Temple » qui augurera
de la venue du « Messie ».
Nous nous devons de reconnaître
et d’avouer qu’Israël dès avant sa constitution
en État avait déjà tenté de tromper les
chrétiens du Liban et à travers eux tous les chrétiens
du Moyen-Orient en leur faisant miroiter le mirage d’un État
chrétien qui serait son allié et semblable. D’où
le péché originel commis par les seigneurs de la guerre
: d’accepter, sinon de rechercher l’aide israélienne;
d’avoir fait subir aux miliciens, fanatisés par la peur,
un entraînement militaire en territoire ennemi et sous la guidance
de ses services secrets qui, par la suite, ne se sont pas privés
de dire, devant leurs propres instances judiciaires, tout le mépris
qu’ils avaient pour ces mêmes milices.
C. Le « péché originel »
Je dis bien péché
originel, et je m’explique. N’est-ce pas insensé
de croire que la soi-disant alliance avec Israël, et la guerre
contre les Palestiniens qui s’ensuivit, pouvait laisser intacte
la crédibilité nationale de toute la communauté
chrétienne auprès des ses compatriotes musulmans ?
Instinctivement, les musulmans
se retournaient contre nous chaque fois que leur guerre avec Israël
s’avérait impossible ou simplement difficile.
Les chrétiens devenaient les ennemis de rechange des Palestiniens
et des musulmans, ainsi que tout à la fois de tous les États
arabes, puisqu’au lieu de mener, comme le leur recommandaient
leurs chefs authentiques, une guerre contre Israël qui aurait
soudé l’unité libanaise, c’est dans une
guerre civile que les chrétiens se laissèrent enliser.
Cette guerre était d’autant
plus folle qu’elle incitait les chrétiens à rechercher
des victoires impossibles, nonobstant les alliances illicites chèrement
payées : non seulement l’alliance avec Israël, mais
aussi l’aide de la Syrie, réclamée et obtenue
dès Tell-Zaatar.
D’où le jeu américain
: laisser se faire une alliance objective entre Israël et la
Syrie, dénommée par Israël « Open-Game Strategy
», en vertu de laquelle Israël puis la Syrie, tout en ajustant,
sans se consulter directement, leurs stratégies réciproques,
donnaient aux combattants chrétiens assez d’armes pour
continuer à se battre, mais jamais ce qu’il fallait pour
gagner. Inutile de dire que l’accord conclu entre Assad et Rabin,
par Américains interposés, et désigné
plus tard comme « l’accord des lignes rouges »,
a permis à nos deux voisins ennemis de se concéder l’un
à l’autre des zones d’occupation au Liban, au détriment
bien entendu, de tous les Libanais, de leur liberté, de leur
souveraineté, de l’intégrité de notre patrie
et de son indépendance.
D. Le sous-développement
des chrétiens du Liban
Preuve patente, s’il en
fut, d’un sous-développement politique des chrétiens
libanais qui frisait la trahison.
(...) Notre sous-développement
politique – soit dit à la décharge des seigneurs
de la guerre – est aisément expliqué, mais non
excusé, par un lourd héritage qui remonte à l’ère
ottomane. Le statut de
Dhimmi nous accoutumait à être
tributaires de la tolérance, voire de la protection de la Sublime
Porte. À la chute de l’Empire ottoman, nous nous sommes
orientés, j’ose dire d’instinct, ou par habitude,
comme des enfants abandonnés – donc contre ce que nous
dictait la raison – vers la recherche d’une protection
de rechange, également sublime. Ce fut la France. Qui dura
ce que durent les hégémonies coloniales : l’espace
d’une puissance, et de ses intérêts.
E. Avions-nous d’autres choix ?
Une analyse de l’anatomie
des politiques chrétiennes au Moyen-Orient, après la
Première Guerre mondiale, puis au moment de la Paix de Versailles,
enfin dans la période qui suivit, révèle que
les chrétiens, comme communautés minoritaires distinctes,
firent des choix divers et différents qu’il convient
de rappeler :
Primo, ce fut le choix
nationaliste de la Renaissance. À savoir un rôle de leadership
qui nous menait vers une unité dite nationale, tantôt
arabe, tantôt syrienne, et enfin simplement libanaise avec l’islam,
jusqu’à la déclaration du royaume de Syrie de
Fayçal Ier. Un royaume qui n’était pas sans séduire
d’éminentes personnalités chrétiennes de
Syrie et du Liban.
F. La diversification des choix
Secundo, c’est
avec la chute de Fayçal à Damas que les choix se diversifièrent,
suivant les options des églises minoritaires et de leurs
élites, nous offrant ainsi autant d’exemples qui méritent
d’être étudiés avec plus de soins :
Les chaldéens ont opté, après les mandats de
la Société des nations en 1920, pour un loyalisme
vis-à-vis de la patrie irakienne et une intégration
nationale. Ils furent ainsi protégés contre les persécutions
religieuses qui suivirent la chute de l’Empire ottoman.
Les syriaques ont pratiqué ce même réalisme,
allant jusqu’à prôner la défense d’une
arabité qu’ils partageaient cependant avec peine. Épargnés
aussi. Et survivance pacifique quoique à titre de minoritaires.
Les assyriens, par contre, ont réclamé un «
droit d’autodétermination », encouragés
par leurs protecteurs anglais. Une protection qui s’avéra
précaire puisqu’elle ne put empêcher le génocide
de 1933, « pour cause de trahison ».
Les grecs-orthodoxes, connus aussi par la dénomination de
Melkites (présentement utilisée par les grecs-catholiques)
par référence au roi, le Melek, le Basilevs de Byzance
dont ils constituaient l’Église. Héritiers par
la volonté des sultans de privilèges distinctifs,
ils étaient peu préoccupés par le statut de
minoritaires et n’en avaient pas les réflexes. Au contraire,
leur culture se distinguait par son ouverture, son extraversion,
qui la poussait constamment à retrouver son identité
aux limes de son Église, au-delà du Liban et même
de la Syrie. Cette culture était un terreau fécond
de doctrines laïques, transconfessionnelles et souvent transnationales.
À signaler que le non-aboutissement de ces doctrines –
les « Républiques baassistes » exceptées
– fit que les grecs-orthodoxes et les grecs-catholiques étaient
plus enclins à se désintéresser des régimes
politiques – où d’ailleurs leurs rôles
étaient miniaturisés – pour s’orienter
vers les domaines de la création intellectuelle, littéraire
et artistique, ou simplement vers ce que l’on dénomme
aujourd’hui la société civile. Sans parler,
pour les grecs-catholiques surtout, de succès économiques.
Citons cependant que c’est de ces communautés que sont
issus de grands chefs, comme il se doit, révoltés
et révolutionnaires.
Tout autre fut la sagesse des maronites qui, conduits par le patriarche
Hoyek, réclamèrent dès 1919 un Liban indépendant
et plurireligieux. Cette défense de l’indépendance
d’un Grand Liban puis d’une République indépendante,
mais à terme sous mandat français, n’était
pas sans créer des écueils. L’indépendance,
qui généra une identification entre la cause libanaise
et le sort des maronites, permit à plus d’un patriarche,
et à plus d’un leader politique de rallier les musulmans
récalcitrants à la cause libanaise sous leadership
maronite, par une défense chrétienne quelquefois populiste
des droits sociaux, souvent même économiques de la
communauté nationale libanaise et quelquefois syro-libanaise.
Puis enfin par l’élaboration
du Pacte national béni par Bkerké dès 1938,
pacte qui devint en 1943 le principe constitutif du Liban de l’Indépendance.
G. Un parti du Pacte national
Il convient de rappeler
ici la fondation, en 1938, lors d’une réunion mixte
islamo-chétienne chez Youssef el-Saouda à Bickfaya,
d’un « Parti du Pacte national » préalablement
agréé par le patriarche Arida. Ce parti ne put fonctionner
longtemps car la Seconde Guerre mondiale devait être déclarée
un an après. Parmi les signataires du manifeste de ce parti,
un texte précurseur de la déclaration ministérielle
du gouvernement de l’Indépendance présidé
par Riad el-Solh, se trouvaient déjà des partisans
de Riad autant que des membres du Bloc constitutionnel conduit par
Béchara el-Khoury, proche du patriarche.
Mais plus encore,
il convient de souligner que le manifeste n’était pas
une création littéraire ex nihilo. Il codifiait, osons
le proclamer enfin, une longue tradition chrétienne, druze
puis musulmane de défense de l’indépendance
libanaise contre l’Empire ottoman autant que les puissances
mandataires. Cette défense devint un apostolat pour les libertés
publiques et l’intégrité constitutionnelle.
C’est là le secret du phénomène libanais
dans son expression la plus authentique, celle que prônaient
des penseurs, des hommes de lettres et des journalistes qui n’hésitaient
devant aucun sacrifice – jusqu’au martyre en 1916 –,
malgré leurs faibles moyens et leurs non moins fragiles médias.
C’était déjà, au Liban dont nous avons
hérité, le premier foyer de la Renaissance arabe.
H. Quelques conclusions
Le moment est venu
de tirer quelques conclusions, qui éclaireront notre discussion
du sujet qui nous est proposé : « Place, rôle
et avenir des chrétiens d’Orient. »
J’ai bien dit
que nous étions marqués par notre lourde hérédité
de Dhimmis, un handicap majeur. Un handicap non moins lourd était
notre prétendue dépendance de la solidarité
transnationale du monde chrétien, un vieux mythe hérité
depuis les Croisés et rajeuni par les accords internationaux
de 1878. Je dis bien handicap car preuve a été faite
que la solidarité des chrétiens de l’étranger
est tributaire des intérêts nationaux, surtout économiques
des grandes comme des moins grandes puissances. Une conclusion qui
rejoint d’ailleurs les interprétations déromantisées
de l’aventure croisée depuis Pierre l’Hermite.
On n’a pas besoin d’être marxiste pour oser insister
sur les facteurs économiques qui ont poussé les seigneurs
chrétiens de l’Europe du Moyen Âge à entreprendre
des expéditions – ô combien périlleuses
! – qui débutèrent cependant par le sac de Constantinople
et la conquête d’Antioche. On n’avait pas encore
découvert le pétrole, qui eut scellé davantage
certaines alliances franques avec des princes arabes, les ancêtres
– qui sait ? – des Saoud et autres émirs du Golfe
et d’Irak.
1.
Au cœur du drame chrétien
Je constate que je
me suis laissé entraîner vers le cœur du drame
chrétien, dans ses développements actuels, sans vous
avoir même proposé un schéma conceptuel minimal
qui aiderait à examiner les options d’avenir et les
actions ponctuelles qu’il conviendrait d’entreprendre.
Mais tout d’abord, permettez-moi cette remarque relative à
la méthodologie de notre examen de la question des chrétiens
arabes. Je vais me restreindre à parler des chrétiens
du Liban, car notre pays, vous en conviendrez, a été
et demeure, dès le XIXe siècle, l’image-miroir
de la crise régionale : que l’on s’est accordé
d’appeler la question d’Orient, puis du Moyen-Orient,
ou de l’Orient arabe, et dont Jérusalem et les guerres
de Palestine devinrent l’axe central dès le début
du XXe siècle.
Et pour cause : le
Liban n’a-t-il pas été le théâtre
de toutes les guerres du Moyen-Orient, et surtout de la dernière
confrontation de la guerre froide, entre Américains et Soviétiques,
avant la chute du mur de Berlin ?
De plus, ce Liban n’a-t-il pas été, pour ainsi
dire, le déversoir des conflits inter-arabes, le champ d’où
s’affrontaient les pays frères, pour éviter
de s’affronter chez eux ?
N’a-t-il pas
été enfin le terrain où toutes les révolutions,
tour à tour, prenaient leur envol, jusqu’à revenir
s’y réfugier avant de s’éteindre ?
Pays refuge, havre des libertés, etc. Ce qui était
un jour un accident de l’histoire, ou plus exactement la résultante
d’une rencontre d’accidents régionaux, devenait
aux yeux de certains d’entre nous un privilège mais
bien coûteux. Pour les autres, un « avantage d’occasion
».
2.
Le moment de crier « Assez ! » est venu
Nous payâmes
le tribut de notre culture, de notre unicité. Le moment est
cependant venu – ou viendra-t-il bientôt ? – de
crier « Assez, assez ». Fini les guerres des autres
qui prétendent démontrer, tel ce chef d’État
d’éducation primaire, que nous ne sommes pas aptes
– pas encore dit-il ! – à nous gouverner nous-mêmes,
à préserver nos institutions d’État et
à établir la paix entre nous tant est lourd, dit-il
encore, l’héritage de notre « guerre civile »
!
J’oubliais.
À notre décharge, d’autres – d’autres
autres, devrais-je dire – considèrent que le Liban
fut, et demeure un laboratoire de coexistence entre les religions
et de dialogue entre les cultures. Merci de nous considérer
ainsi comme un objet, plutôt que nous reconnaître un
rôle de sujet actif, comme partenaires dans le dialogue.
Pays naturellement
pluriel, tel – nous ne le nions pas – était notre
destin. Et c’est bien là que se situent les garanties
de nos libertés. Ces mêmes libertés auxquelles
nos frères arabes aspirent ou prétendent aspirer,
et qui nous sont naturelles, fermement implantées dans notre
patrimoine. Donc ici solides comme nos cèdres et nos chênes
qui résistent aux tempêtes ; là-bas des semblants
de printemps, précaires, et souvent trop frigides pour résister
aux vents des haines, des caprices politiques, et bien entendu aux
saccages des coups d’État, ou simplement des coups
d’état-major.
3.
Un pays pour soi-même
Mais trêve de
rhétorique. La structure plurielle de notre société
ne devrait pas permettre une installation des conflits qui nous
dépassent au sein même de notre composition organique,
pour la faire éclater. Pays d’accueil, oui. Mais pays
de et pour soi-même d’abord. Et non pour « les
autres ».
Dernière référence
d’actualité, et nous plongeons ensuite au cœur
de notre sujet et de nos préoccupations : le congrès
dit de la « Modernisation de la pensée arabe »
s’est tenu à Beyrouth, il y a à peine une semaine.
Il ne pouvait, de l’aveu des participants les plus importants,
se tenir nulle part ailleurs dans le monde arabe. Premier point.
Deuxième point
: c’est en français que le plus éminent des
conférenciers lançait son appel le plus fervent, citant
cette phrase de Michelet qu’il nous convient parfaitement
d’emprunter et d’adresser aux Libanais :
« La France a fait la France,
par un lent travail de soi sur soi. »
Quand donc le Liban
va-t-il sérieusement se mettre à faire le Liban, «
par un lent travail de soi sur soi » ? Voilà, je crois,
un excellent point de départ pour l’analyse conceptuelle
que je propose (...)
4.
Réinventer le Liban
(...) Je termine donc en énonçant
– juste des énoncés que nous discuterons, si
le temps le permet – quelques conclusions et recommandations
organisées suivant le schéma conceptuel que je vous
avais proposé plus haut :
Le liban il faut le réinventer, c’est-à-dire
cesser la guerre des arrière-pensées ; guérir
de l’arithmétique constitutionnelle.
Les chrétiens doivent
renoncer à se complaire dans le rôle de victimes pleureuses
et plonger dans la joie de la création. Leur religion les
y appelle.
Le Liban doit demeurer plurireligieux, mais en renégociant
chaque jour son « contrat social ». Un pacte de 43 rénové.
Supprimer le confessionnalisme
comme fanatisme, un fanatisme désolidarisant. Mais enrichir
la culture et la vie des communautés par une plus profonde
connaissance de la religion de l’autre.
5.
Le développement durable
Le développement dit
« développement humain durable» est le chemin
du salut, et la méthode d’une multiplication des richesses.
L’éducation nationale, la culture, plus que l’économie,
en sont le moteur. D’où le devoir des chrétiens
de participer davantage, et non pas de démissionner. Ce sont
les courageux, et non les lâches, qui hériteront d’un
Liban réinventé (...)
6.
Pas d’alternative au dialogue
Il n’y a pas d’alternative
au dialogue. La confrontation équivaut à un suicide
du Liban tout entier, qui, en éclatant, s’effacera
de la géographie du Moyen-Orient et en éliminera toute
présence chrétienne. Le destin des villes mortes de
Syrie ne nous séduit guère, malgré la beauté
des ruines.
Les chrétiens arabes doivent enseigner l’islam à
l’Occident, et non le contraire. Le cautionner par la paix
et la concorde.
Le Liban n’est
indispensable que s’il se rend tel.
Efforts diplomatiques multipliés.
Avocat de la Palestine. Ennemi principal d’Israël. Le
Liban n’est pas un impératif géographique, ni
géostratégique. Le Liban peut même devenir un
obstacle à l’avance vers les grands ensembles. Seul
le rôle du Liban, comme terre de liberté et de dialogue,
comme levain et même laboratoire, comme « pays-message
» lui donne de nouvelles raisons d’être dans le
monde d’aujourd’hui.