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Université Saint-Joseph - Faculté des sciences religieuses 

 
 
 
> 4e mois de l'Orient chrétien

Conférences:
4ème conférence du 4e Mois de l'Orient chrétien
27 mai 2004


L’Eglise maronite :
Place et rôle dans l’Orient arabe

Samir Khalil SAMIR
sj.

Photos et Texte

PHOTOS:

           
 
   
   
 
           
 
   
   
 
           
 
   
     
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TEXTE:
L’Eglise maronite :
Place et rôle dans l’Orient arabe

Samir Khalil SAMIR sj.

Source: - Mercredi 2 juin, 2004

La dernière conférence du 4e MOC, du P. Samir Khalil SAMIR, en attirant un public tant nombreux qu’averti, a brossé un aperçu historique de la place et du rôle que l’Eglise maronite a eu dans l’histoire. Partant de là, le conférencier a insisté sur la vocation religieuse, culturelle et politique de cette Eglise dans le contexte du monde arabe aujourd’hui.

A
vec « L’Église maronite, place et rôle dans l’Orient arabe », le P. Samir Khalil Samir a esquissé, à la Bibliothèque orientale, un portrait original de l’Église maronite tournée à la fois vers Rome et l’Orient arabe, ce qui la met en position de proposer « un projet de société attractif » où les autres communautés libanaises ne devraient pas avoir de difficulté à trouver leur place.

Pour la dernière conférence du « Mois de l’Orient chrétien » organisé par le Centre de documentations et de recherches arabes chrétiennes, la petite salle des conférences de la Bibliothèque orientale a fait salle comble. D’emblée, le conférencier se fait l’écho de ceux qui ont déploré que, du thème de l’Orient chrétien, on ait « régressé » pour ne parler que des seuls maronites. Il s’est donc employé à brosser à grands traits le parcours historique original de la communauté maronite, qui lui a permis de jouer ce rôle de trait d’union entre l’Orient arabe et l’Occident, de se sentir aussi bien à l’aise ici que là et d’offrir aujourd’hui au monde arabe, et même à l’Occident, un modèle pluraliste viable distinct du modèle laïque occidental.

C’est au terme d’une histoire tourmentée que les maronites sont parvenus à proposer leur modèle, souligne le père Samir. Leur personnalité se forme par une série de développements au cours desquels « ils se posent en s’opposant ». Syriaques, ils s’opposent aux Jacobites. Ils sont donc syriaques, mais « autrement ». Chrétiens orientaux, ils adhèrent aux propositions du concile de Chalcédoine. Ils sont donc chrétiens orientaux, « autrement ». Orientaux, ils développent des relations privilégiées avec Rome. Ils sont donc catholiques, « autrement ».

L’histoire du rapprochement des maronites avec Rome et, à travers Rome, avec la modernité occidentale, livre l’une des clés majeures de la personnalité propre de l’Église maronite, explique le P. Samir. Elle a été tentée par des auteurs comme le père Nasser Gemayel. Le rapprochement de Rome n’a pas été de tout repos pour les maronites. On a scruté leurs livres liturgiques et certains ont été brûlés. Le synode libanais (1736) a imposé des règles monastiques occidentales. Les maronites eux-mêmes, aujourd’hui, ont l’impression de s’être laissé latiniser. Les ambiguïtés de ce rapprochement se traduisent, au XVIIIe siècle, par l’affaire de la religieuse Hindiyé, qui se jette à corps perdu dans la dévotion au Sacré-Cœur, et mourra répudiée par sa communauté, condamnée après une enquête inquisitoriale.

L’histoire du rapprochement des maronites avec le monde arabo-islamique mérite aussi d’être mieux connue, car elle aussi a façonné la personnalité propre de l’Église maronite de façon déterminante. Menacés par l’extension de l’islam, les maronites, qui, nous l’avons dit, appartiennent au monde syriaque, se laissent pourtant conquérir sans résistance par... la langue arabe, dès les XVIe-XVIIe siècles. Au XVIIe siècle, tous les professeurs d’arabe dans les grandes universités européennes sont issus du Collège maronite de Rome. Au XVIIIe siècle, grâce à Mgr Germanos Farhat, les maronites sont définitivement acquis à la langue arabe, encore que le syriaque continue d’être utilisé comme langue liturgique.

Le coup de génie de Mgr Farhat, explique le P. Samir, consistera à écrire une grammaire arabe à l’usage des chrétiens dont tous les exemples seront empruntés à la Bible ou au Nouveau Testament. Auparavant, ces exemples étaient pris dans le Coran. Grâce aux maronites, qui vont jouer un rôle important dans le mouvement de traduction des grandes œuvres latines vers l’arabe (notamment la Somme théologique de Thomas d’Aquin), l’Évangile conquiert de nouveaux espaces culturels proprement arabes, s’incarne davantage encore dans la culture du monde arabe, si bien qu’au XIXe siècle, les maronites vont devenir le fer de lance de l’arabité, de la renaissance arabe.

Tout cela mène à la déclaration du Grand Liban, en 1920, à l’Indépendance et enfin, à la guerre de 1975-1990 et à l’heure actuelle. Vers la fin du XIXe siècle, un « réveil islamique » va se produire qui va tenter de récupérer l’arabisme. Ce mouvement religieux et culturel va pousser les maronites à se distancier de l’arabité. Dans ses manifestations extrêmes, cette distanciation se traduira par le refus de l’arabité et la revendication de la « phénicité ». Toutefois, en 1920, avec la création du Grand Liban, les maronites ont enfin leur territoire et leur identité propres, leur « libanité ». C’est dans cet espace politique et culturel, explique le père Samir, que leur personnalité ambivalente, qui leur valait d’abord d’être assis entre deux chaises, va révéler sa véritable fécondité.

Aujourd’hui, cette double appartenance, qui leur valait d’être continuellement sommés de choisir entre deux identités, révèle enfin sa richesse. Certes, souligne le père Samir, « la brisure de la guerre n’est pas encore dépassée ». Il n’en reste pas moins qu’après avoir été syriaques, autrement, orientaux, autrement, catholiques, autrement, les maronites se sentent appelés à être arabes, autrement. Tel est l’avenir, laisse comprendre le père Samir : après avoir dépassé toutes les phases de l’affirmation de soi contre les autres, et après avoir répudié « l’œcuménisme utilitaire », les maronites, grâce à leur sensibilité aux deux univers spirituels oriental et occidental, sont en mesure d’introduire les autres à leurs propres richesses, ce qui devrait être, pour eux, une grande source de confiance.

Fady Noun
L'Orient-Le Jour


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